Comment fonctionnent les ETF synthétiques

Je reçois actuellement beaucoup de questions sur le fonctionnement et le risque des ETF synthétiques. Ceux-ci ont la particularité d’être éligibles au PEA tout en permettant d’investir sur des marchés étrangers (comme les US par exemple).

L’objectif de cet article sera donc d’expliquer comment de tels ETF fonctionnent, et de répondre aux questions fréquentes concernant les risques.

 

Généralités sur les ETF

 

Je rappelle tout d’abord qu’un ETF (Exchange Traded Funds) est un fond d’investissement indiciel (ou dit à réplication passive) qui permet de suivre l’évolution d’un sous-jacent, qui dans la majorité des cas est un indice boursier. L’avantage de ce produit est donc en un seul achat (avec très peu de frais) de posséder tout un indice et donc d’être très diversifié, tout en profitant de manière passive de la tendance haussière des marchés boursiers à long terme.

 

Il existe deux types de suivi pour répliquer les indices :

 

  • Le suivi physique.
  • Le suivi synthétique ou indirect.

 

Dans le premier cas, l’émetteur de l’ETF (donc le gérant du fond) achète directement toutes les positions de l’indice (en respectant les pondérations) pour le répliquer. On parle de suivi physique car le gestionnaire détient réellement toutes les positions de l’indice. Dans le cas du S&P500, il possèdera donc en portefeuille les 500 actions pondérées par leur capitalisation boursière. C’est très simple à comprendre.

 

Le deuxième cas est celui qui nous intéresse ici, la réplication synthétique (ou indirecte). Le mot synthétique a une connotation négative, c’est pour cela qu’il est préférable de dire indirecte. Il est important de comprendre son fonctionnement car elle a énormément d’avantages dans un PEA.

Théoriquement, les actions éligibles au PEA doivent avoir leur siège dans l’UE. Néanmoins, grâce à l’intelligence financière, il est possible d’investir à l’étranger, notamment sur le marché Américain (nous prendrons l’exemple du S&P500), tout en profitant de la fiscalité du PEA.

 

 

Le fonctionnement général des ETF synthétiques

 

Tout d’abord, je tiens directement à préciser (contrairement à ce que l’on entend parfois) qu’un ETF synthétique n’est pas un produit dérivé, ni un produit risqué qui contient du vent.

Nous allons prendre l’exemple de l’ETF de Lyxor S&P500 PSP5.

L’émetteur de L’ETF (Lyxor dans ce cas) va acheter de manière physique (détention au réel) des actions Européennes à hauteur de 75% pour respecter les critères d’éligibilité au PEA. Ce sont ces actions qui vont composer l’actif du fond. On peut trouver la liste des entreprises dans la rubrique « Actifs du fond » sur la page internet de Lyxor.

 

Voici ce que l’on trouve :

 

actif ETF synthetique

 

Ce sont généralement des grosses capitalisations très liquides.

 

Ensuite, l’émetteur va contacter une ou plusieurs contrepartie(s), souvent une banque ou une institution financière (ici c’est la Société Générale), pour établir un contrat de SWAP.

Ce contrat est un accord entre l’émetteur et la contrepartie, qui moyennant rémunération, permet à l’émetteur d’échanger la performance de son panier d’actions Européennes contre la performance d’actions Américaines du S&P500 détenues en physique par la contrepartie.

Ce contrat de contrepartie est renouvelé chaque jour.

Pour que la contrepartie ne subisse pas de risque de mauvaise performance des actions Européennes, elle va généralement prendre une position « short » (de vente) sur ces actions de manière à avoir une performance neutre.

 

Cela permet au final aux investisseurs comme vous et moi de pouvoir posséder indirectement des actions US en PEA, tout en respectant de manière directe le fait d’être investi sur des actions Européennes. C’est de l’intelligence financière.

On peut accéder à tout moment à la composition de l’indice suivi via le swap dans la rubrique « Informations sur l’indice ».

Voici ce que l’on trouve :

 

composition ETF synthetique

 

Cela correspond donc bien aux composantes du S&P500.

 

Les risques des ETF synthétiques

 

Nous allons maintenant aborder tous les risques possibles et répondre aux questions fréquentes.

 

Que se passe t’il si la contrepartie fait faillite ?

C’est ce que l’on appelle le risque de contrepartie. Tout d’abord, les émetteurs ont généralement plusieurs contreparties différentes pour réduire ce risque. Mais si cela arrive, voici ce qu’il se passe.

Le Swap devient impossible à faire et votre ETF n’arrivera plus à suivre l’indice S&P500. Au lieu de cela, il suivra l’indice réel des positions du fond, donc les actions Européennes évoquées plus haut. En gros c’est comme si l’ETF se transforme en ETF Europe.

Ce n’est donc pas un risque avec de lourdes conséquences, au pire on revend et on rachète un autre ETF US.

 

Que se passe t’il si l’émetteur fait faillite ?

Cette situation peut également faire peur, mais n’est en réalité pas si grave. En effet, en tant que détenteur de cet ETF vous détenez en direct des parts d’actions Européennes, ce n’est pas du vent. En cas de faillite de l’émetteur (ici Lyxor), l’ETF va être disloqué mais vous vous retrouverez sur votre PEA avec toutes les actions Européennes en direct (en non plus en ETF comme au-dessus). Il vous restera donc à revendre chacune des actions si vous le souhaitez, puis reprendre un ETF chez un autre émetteur.

 

Que se passe t’il si mon courtier fait faillite ?

A nouveau, vos titres sont bien réels. Si votre courtier fait faillite, ils seront simplement transportés chez un autre courtier de votre choix.

 

Comment un ETF US (ouverts aux heures de Paris) arrive à suivre la bourse US (ouvertes à des heures différentes)

L’ETF ne suit en réalité pas au jour le jour de manière exacte l’indice. Chaque jour il y a des corrections en fonction de ce qui s’est passé la veille après la clôture de Paris, puis utilise également dans la journée le marché des futures correspondant à la bourse US. Le marché des futures représente tous les échanges faits en avant bourse (avant l’ouverture de Wall Street) afin de donner les tendances que le marché va prendre.

 

Pourquoi même sur quelques jours les performances de l’ETF et du S&P500 sont différentes

Il faut bien comprendre que même si votre ETF est coté en euro, il est en réalité 100% en dollar. Il est simplement converti chaque jour en euro en fonction de la parité EUR/DOL.

Si le S&P500 prend par exemple 1%, à iso parité votre ETF devrait prendre 1%. Mais si l’Eur/Dol baisse (le dollar monte de 0.2% par exemple) votre ETF va gagner 1.2%.

Il existe des versions hedgées de ces ETF pour ne pas subir les effets de change, mais cela augmente les frais de l’ETF. Ce n’est également pas intéressant car l’Euro ne fait que se déprécier face au dollar depuis longtemps. L’économie Américaine est bien plus dynamique et le dollar reste la monnaie des affaires, toujours très recherchée. La tendance devrait donc durer.

 

 

Me contacter :  etre.riche.et.independant@gmail.com

 

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19 commentaires

merci matt pour cet article..
Je vais clôturer mon cto et mettre des etf sur mon pea, je ne subirai plus le racket de 30% sur div et pv…
merci

C’est certain que c’est plus simple, mais tu subiras quand même le prélèvement des 17,2% tôt ou tard 😉

Merci Matthieu pour cet article très clair!
Tu ne parles pas des dividendes, comment sont-ils traités pour des ETF physiques ou synthetiques?

Bonjour Lolo,

Pour les ETF capitalisants les dividendes sont réinvestis. On ne touche donc pas de dividendes puisqu’ils sont réintégrés dans l’indice. Dans le cas des ETF distributifs, on touche des dividendes que le suivi soit synthétique ou physique. Mais l’indice chute d’autant tout comme avec les actions. Il y a parcontre des précomptes à la source subis. Globalement les ETF distributifs ont très peu d’intérêt (pas de controle sur le rendement, la composition, date de versement…).

Bonjour,

Merci pour touts ces articles.

J’ai une petite question concernant les ETFs, dans un de vos articles vous présentez l’ETF world AMUNDI MSCI WORLD UCITS ETF (EPA:CW8) où le prix se situe vers 270€ en ce moment. Je viens de tomber sur un commentaire où ils parlent de l’ETF world AMUNDI INDEX MSCI WORLD UCITS ETF (EPA:MWRD) où le prix est vers 60€

Qu’elles sont les différences entre ces 2 ETFs ? Car en cherchant je n’ai pas trouvé.

Merci d’avance

Bonjour, la différence est que MWRD est à réplication physique et non synthétique comme CW8. Du coup il n’est pas éligible au PEA.

Merci pour ce nouvel article,

Si j’ai bien compris, en cas de faillite de l’émetteur, nous récupérons les actions en direct, est ce que notre courtier va appliquer des frais ? action par action ?

Bonjour,

Non lors de la récupération des titres en théorie ils sont déjà détenus en propre puisque vous possédez des parts de l’ETF, il n’y aura donc pas de transaction d’achat et donc pas de frais.

En fait c’est un peu comme si vous détenez une action qui se split en plusieurs. Par exemple ceux qui détenaient Atos il y a quelques temps ont automatiquement reçu des actions Worldline en portefeuille lors de la cession. Les actions apparaissaient automatiquement en portefeuille et sans frais de courtage.

Bonjour Matthieu!

Vous devez me voir de plus en plus vous poser des questions ahah! Je parcours avec motivation l’ensemble de votre blog, une mine d’or.

J’avais cette fois-ci une question concernant la gestion d’un ptf ETF. J’ai pour ambition d’investir sur 20-30 en DCA dans les ETF en mode gestion passive mais pas trop non plus car je remarque que l’indice MSCI World ne compte que pour les pays développés et les bigs caps.. J’ai bien envie d’ajouter une ligne (pas 2 car après les frais seront trop élevés pour mes petits apports mensuels d’environ 500€ au début).

Alors voilà le dilemme: vaut-il mieux, selon vous, rajouter une ligne Small&Mid Caps pour les pays développés histoire d’avoir une bonne diversification au niveau des capi OU rajouter une ligne World emerging markets pour une diversification géographique plus globale?

Bonjour Léo,

À titre personnel je n’aime ni l’un ni l’autre car ce sont des indices peu performants (surtout en phase baissière) et ultra volatiles. Le World contient déjà plus de 1000 entreprises à travers le monde, c’est bien suffisant. Mais à choisir je prendrais quandmême les émergents.

Merci pour cet article éclairant sur les ETF synthétiques. Je vois une question à vous poser considérant le principe décrit : ce mode de fonctionnement n’est-il pas de nature à permettre certaines grosses impostures ? Pour prendre un exemple concret dans le PEA, il existe un ETF bien connu, nécessairement synthétique et vendu comme ISR autour de la thématique de l’eau : « Lyxor PEA Eau (World Water) UCITS ETF – Capi. » (FR0011882364). En achetant des parts de cet ETF, on peut légitimement espérer prendre une (petite) part dans chacune des structures dont l’activité compose cet indice ou, à tout le moins, on peut penser investir plus ou moins dans ce domaine. Mais le fait que l’ETF soit synthétique peut signifier qu’on n’a possiblement qu’un Canada Dry d’ETF ISR en portefeuille : on croit être vertueux, mais on ne détient que des valeurs européennes dont le pédigrée peut s’avérer non seulement totalement étranger au domaine visé, mais aussi fort peu écoresponsable finalement (un peu de Volkswagen, un peu de Dassault, un peu d’Airbus, etc., l’important étant d’être – financièrement – « liquide ») ?

Bonsoir Erwanatas,

C’est une excellente remarque. En effet, lorsque vous achetez un ETF synthétique ESG ISR vous ne détenez pas au réel ces entreprises. Néanmoins, disons que l’importance de ce biais dépend de vos motivations d’investir sur ces thèmes.

Si c’est parce que vous pensez que ces entreprises sont « d’avenir » et vont donc bien performer en bourse, au final vous vous moquez du mode de réplication. L’important est que votre choix stratégique rapporte.

Si c’est parce que vous souhaitez soutenir ces entreprises (sans notion de retour sur investissement), là d’accord c’est génant puisque vous n’aidez pas les entreprises voulues. Dans ce cas il reste une solution : investir sur un tel ETF physique sur CTO.

Oui, le CTO, avec une fiscalité significativement moins avantageuse malheureusement. Merci de votre réponse rapide.

Cette « distanciation » entre l’ETF synthétique et les structures réelles dont il est un pâle reflet appelle une autre question : qui détient des parts d’ETF synthétique court-il un quelconque risque de perdre toute sa mise (comme on peut le lire dans les DICI), par exemple suite à la faillite d’une ou plusieurs des structures réelles dont l’activité compose l’indice sous-jacent ? Autrement dit, outre la protection liée à la grande diversification permise par nombre d’ETF (je pense plus au Stoxx 600 qu’au CAC40) dont bénéficie l’investisseur, l’ETF synthétique n’ajoute-t-il pas la protection de son caractère lointain, quasi virtuel ?

Non il n’y a pas de risques supplémentaires. Ils sont tous mentionnés en fin d’article. Si une entreprise de l’ETF fait faillite, elle sera replacée par une autre. Un indice ne peut pas tomber à zéro contrairement à une action individuelle.

Mon intuition est plutôt qu’il y a (encore) moins de risque qu’avec les ETF physiques.

Bien sur, si on a le choix il faut privilégier les ETF Physiques (ça réduit le nombre d’intermédiaires et donc le risque). Mais en PEA on a pas vraiment le choix si on veut investir hors Europe puisque sinon c’est non éligible.

Merci encore de vos réponses.

Hello Matthieu, excellent article !

Du coup en conclusion, selon-toi pour un débutant qui ne veut pas se prendre la tête, il vaudrait mieux partir sur un tracker ETF World Synthétique sur un PEA…
Plutôt que sur le même ETF World en Physique en CTO ?
Puisqu’on économise 12.5% sur la somme finale.
(sachant qu’il y aura quand même un peu plus de frais sur PEA car broker français)

Bonjour Roro,

Pour un débutant qui ne veut pas se prendre la tête, et même pour quelqu’un de confirmé, un ETF World synthétique sur PEA suffit largement. Le CW8 d’Amundi est très liquide et a un bel encours. Le risque me semble vraiment minime en contrepartie de l’économie de fiscalité. Évidemment si votre PEA est plein et que vous devez passer par un CTO il vaudra mieux ensuite prendre un émetteur comme Blackrock (Ishares) avec un World physique.

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