Screener : changement méthode de calcul du fair price

La conjoncture économique étant mouvante, la situation financière actuelle des entreprises est bien différente de celle de ces dernières années.

En partant de ce constat, les multiples de valorisation habituels des entreprises n’ont plus de raison de rester identiques, raison pour laquelle j’ai modifié le changement du calcul du fair price. Vous trouverez dans cet article ce qui a changé ainsi que pourquoi.

 

Ancien calcul du fair price  : la valorisation d’une entreprise en bourse

 

Jusqu’à maintenant, le fair price était une combinaison de plusieurs critères financiers. Pour faire simple, il était principalement basé sur la méthode des ratios historiques (PER, price to sales…) un peu à l’image de ce qui est expliqué dans cet article (partie valorisation en milieu d’article).

 

calcul valorisation entreprise bourse

 

Cela signifie par exemple que si une entreprise s’échange habituellement à un PER moyen de 30, elle sera sous-évaluée si son PER actuel est inférieur à 30 et sur évaluée si celui-ci dépasse les 30 (sans prendre en considération si ce niveau de 30 est cher ou pas en absolu). Cette méthode part du principe que le marché price en moyenne bien chaque entreprise (marché efficient) s’il n’y a pas de changement majeur dans les fondamentaux de l’entreprise et dans la conjoncture économique globale. Une entreprise devrait donc dans ces conditions s’échanger à la moyenne de ses ratios historiques passés. Il n’y a en effet pas de raison, toutes choses étant égales par ailleurs, que cela varie.

 

Ce calcul prend donc en compte uniquement les ratios passés, et les utilise avec les projections de bénéfices futurs. Il permet de valoriser une entreprise en relatif par rapport à son historique, mais pas en absolu (d’où le besoin d’introduire la pastille valorisation qui complète maintenant le fair price depuis un moment).

 

 

Pourquoi cette méthode marche moins bien aujourd’hui 

 

L’hypothèse principale de cette méthode est que la situation économique doit rester identique pour que les ratios passés puissent être appliqués dans le présent.

Or cette hypothèse n’est plus vraie aujourd’hui.

 

Avec la hausse des taux qui a lieu depuis maintenant plus d’un an, les investisseurs n’acceptent plus de payer le même prix pour un bénéfice donné. Autrement dit, les valorisations actuelles doivent baisser pour compenser cette hausse des taux. Ce qu’ils acceptaient à un PER de 25 à l’époque ne doit valoir plus que 20 aujourd’hui (par exemple).

 

Vous comprendrez donc bien qu’utiliser les ratios passés n’a plus de sens, puisque nous ne sommes plus en période de taux bas.

 

 

Nouvelle méthode de calcul du fair price

 

J’applique la méthode de Benjamin Graham, modifiée à ma sauce, qui dit en gros que la valorisation d’une entreprise doit être égale :

 

  • un PER de 15 si le business est mature et que la croissance est limitée
  • un PEG de 1 sinon, c’est à dire que son PER doit être égal à sa croissance
  • Je conserve le PER moyen uniquement pour les entreprises dont le PER habituel d’échange sous les 15

 

Dans le second cas, cela signifie qu’une entreprise à 20% de croissance annuelle devrait théoriquement s’échanger à un PER de 20.

Cette seconde règle n’étant plus vraiment d’actualité à notre époque (nous ne sommes plus au temps de Graham où les taux d’intérêt étaient très élevés et donc les valorisations du marché action basses).

Je prends donc un PEG de 2 au lieu de 1, qui colle beaucoup plus à la conjoncture actuelle. Une entreprise avec 10% de croissance annuelle doit donc avoir un PER de 20, une entreprise à 20% de croissance un PER de 40.

 

La formule que j’utilise pour calculer le PER « équitable » est donc le maximum entre 15 et 2 fois le PEG.

 

Quelques exemples de calculs de PER (15, 2xPEG) :

 

Croissance négative ou nulle (15,0) -> on retient PER de 15

Croissance de 5% par an (15, 10) -> on retient PER de 15

Croissance de 8% par an (15, 16) -> on retient PER de 16

Croissance de 10% par an (15,20) -> on retient PER de 20

Croissance de 5% par an (15,10) mais avec PER moyen de 13 -> on retient PER de 13

Etc…

 

Je projette ensuite le résultat de ce calcul sur les bénéfices estimés de l’année en cours. Par exemple, si une entreprise « mérite » d’après le calcul expliqué au-dessus un PER de 17, et que son BNA est de 3€ par action, son Fair price serait de 17×3 = 51€

 

Pour terminer, j’ajoute toujours un bonus/malus d’un certain pourcentage selon le bilan de l’entreprise (bonus si l’entreprise a de la trésorerie, malus si l’endettement est élevé).

 

Ces nouveaux calculs seront intégrés dans les prochains Screener. Les fair price changeront peu pour certaines entreprises, et beaucoup pour d’autres, je vous laisserai faire les comparaisons.

 

L’avantage de cette nouvelle méthode est qu’elle ne dépend plus vraiment des taux d’intérêt et ne repose plus sur l’historique de l’entreprise. Elle cherche à juger le PER équitable que devrait avoir l’entreprise au lieu de considérer que le PER moyen passé doit s’utiliser. La méthode introduit donc d’une certaine manière une composante « value » au calcul du prix.

 

N’hésitez pas à me faire vos retours dans les commentaires.

 

 

Date Publication : 05/05/2023

 

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Gérard
Gérard
il y a 9 mois

Bonjour Matthieu

Merci pour ce retour, c’est toujours la question que tout le monde se pose avant d’acheter une action dans une entreprise, quelle est sa juste valeur?
J’utilise aussi un calcul afin de l’évaluer, la seule différence marquante, c’est que j’enlève la dette du BNA, pas de bonus ou malus, mais un retrait comptable de la dette sur le BNA, ou un ajout en cas de trésorerie positive, le marché à un moment ou un autre va prendre en considération la dette.
Je regarde surtout la capacité d’une entreprise à maintenir ses marges, c’est pour moi le plus important, il y a aussi la méthode de Buffet par Owner earnings, c’est toujours une usine à gaz pour valoriser une entreprise.
A titre personnel j’utilise la méthode de calcul par le PER, mais le PER médian et non pas moyen d’une entreprise, c’est ce que le marché est prêt à payer généralement, je prend en compte un retour d’environ 5 à 10 ans suivant l’entreprise.
Il y a des entreprises avec une petite croissance mais dont le PER n’arrivera jamais à 15 ou rarement, ce qui pourrait fausser votre calcul.

Donc ma formule en gros serait:
EPS-ou+(dette/trésorerie rapportée à l’EPS) X PER médian (5 ou 10 ans)
Comme le marché à généralement une vue à 2 ans, je fais le même calcul avec la valeur de l’EPS à 2 ans (en m’assurant que les pronostiqueurs ont historiquement raison sur la valeur), ainsi je tombe sur une valeur aujourd’hui puis dans deux ans, à partir de là je décide au regard de l’entreprise si je considère que je rentre avec une valorisation actuelle ou sa valorisation future.
C’est ainsi que j’ai acheté Visa par exemple, j’ai confiance au business de cette valeur, donc j’ai pris en compte une entrée possible sur sa valeur obtenue à deux ans.
Je ne vais jamais dans une valorisation au delà de 2 ans, trop cher pour moi.

Etant conservateur dans mon approche, je rentre généralement que sur des valeurs qui m’offrent potentiellement un rendement (pas le dividende) au dessus de 6%/an entre son EPS à 2 ans et son cours de bourse actuel.

Vaste sujet, merci pour ton travail

Belle journée

Gérard
Gérard
il y a 9 mois
Répondre à  Matthieu

Attention Matthieu, pas le PER moyen qui fausse complètement l’approche mais le PER médian, il y a de réels écarts, je le trouve par exemple sur Koyfin.

gandolfi
gandolfi
il y a 7 mois
Répondre à  Gérard

Bonjour, a partir de quels sites et que calcul trouvez vous le PER médian s’il vous plait.

Gérard
Gérard
il y a 7 mois
Répondre à  gandolfi

J’utilise Koyfin

Jean
Jean
il y a 9 mois

Bonjour Matthieu,

Merci pour ce nouveau point de vue.
Quand vous parlez de croissance annuelle vous vous fixer sur votre calcul des revenus, ebitda ou eps sur la moyenne des 5 dernières années ?

Jean
Jean
il y a 9 mois
Répondre à  Matthieu

D’accord, oui vous me l’aviez expliquer par le passé, mais du coup vu que la j’ai plus l’impression que vous évaluer dans le  » temps présent  » du au remonter de taux, vous aviez peut-etre changé le parametre de prise de croissance au vue de tout ce qui s’est passé ou se passe dans le monde actuellement.

Julien
Julien
il y a 9 mois

Bonjour Matthieu !
Ça veut dire que vous prendriez un objectif de PER de 15 pour Renault et Stellantis (si vous étiez amenés à les mettre dans le screener) ? N’est-ce pas un peu énorme ?

Laurent De
Laurent De
il y a 9 mois

Bonjour,

En attendant la parution de vos prochains Screeners,

Pas plus tard que ce week-end, je pensais que je serais presque tenté de me positionner une 1ère fois ou revenir sur certaines valeurs massacrées (et c’est peu dire !) depuis 2021.
Notamment :

  • Chemometec,
  • Embracer,
  • Mips,
  • Nemetschek,
  • Qt Group,
  • Sweedencare,
  • Vimian Group.

D’une part, trouvez-vous qu’elles sont encore trop chères notamment pour Embracer / Nemetschek / Sweedencare / Vimian Group, étant absentes de votre Screener ?

D’autre part, j’ai un doute quand à l’exécution de cette d’idée, ayant encore et toujours l’impression que la Majorité des Fonds se positionnent toujours et encore sur les Gafams et valeurs à la mode.
En effet à part quelques exceptions, il semble compliqué à Long Terme de réaliser des bénéfices corrects avec des Smalls / Mids Caps.
Qu’en pensez-vous de cette réflexion globalement ?

Merci,
Laurent

Laurent De
Laurent De
il y a 9 mois
Répondre à  Matthieu

Bonjour,

Beaucoup d’éléments de réponses me viennent à l’esprit :

> de 1 : pour diversifier le portefeuille 👍
La majorité oublie cette règle en se positionnant toujours sur les mêmes Etfs qui ne sont pas tant diversifiés que cela.
Aussi, nous ne pouvons pas savoir ou les investisseurs et flux au sens large se positionneront les prochaines années.
Par exemple quand j’ai acheté Air Liquid et Total, jamais je n’aurais imaginé 2 ans après être à +60% sur la pétrolière et seulement 20% sur la 1ère.

> de 2 : des boîtes comme des Gafams ne sont pas « immortelles », bien au contraire 💻. Pour reprendre vos termes, pas sûr que leurs croissances soient toujours autant « régulières » et « certaines » les prochaines années…

> de 3 et pour faire suite au point 2 : il me semble donc « dangereux » de mettre la majorité de mon PF sur les Gafams ou Etfs correspondants. En effet, personne n’est certain qu’elles vont continuer à autant performer les prochaines années…

> de 4 : certes les Smalls / Mids Caps se sont prix de grosses baisses il y a quelques mois, mais force est de constater qu’elles reviennent à la mode 📈. Question de flux pour reprendre le point 1…

> de 5 : les Gafams performent depuis quelques semaines juste avec les actualités « IA », ce qui me paraît très très (la répétition est volontaire 😜) moyen comme justification 😕.
En effet, nous avons bien vu ce qu’ils s’est passé les années précédentes suite aux hausses spectaculaires de la Tech, des valeurs vertes, de tous les sujets à la Mode (Nfts…)… Elles sont toutes bien retombées.

Cordialement,
Laurent

Fred
Fred
il y a 9 mois

Bonjour

A tous ceux qui font du stock picking et qui screenent les marchés à base de ratio financiers et autres indicateurs de valorisation, Xavier Delmas de ZoneBourse vient de sortir plusieurs vidéos sur le sujet (il y en aura 3 à ce que j’ai compris), intitulées « Les ratios financiers pour les nuls ».

Bon visionnage !

Jean
Jean
il y a 8 mois
Répondre à  Fred

Bonjour a tous,

cela rejoint a beaucoup des dires de Fred :

https://www.youtube.com/watch?v=Lw826rTgHC0

à partie de la 09 min 10 secondes

bon visionnage

Fred
Fred
il y a 8 mois
Répondre à  Jean

Oh ce ne sont pas mes dires à moi, c’est ce que bon nombre de personnes ont constaté aux US dès le milieu du 20ème siècle et qui ensuite ont été étudié par des académiques (par exemple W Sharpe, The Arithmetic of Active Management). Et ce qui est vrai pour la gestion active des professionnels de par l’importance des frais l’est aussi pour le stock picking en général de par la forte asymétrie des rendement boursiers où seule une minorité de titres fait toute la performance des indices. Mais ça les particuliers ont encore beaucoup de mal à l’admettre … on peut faire quelques bonnes années en bourse par rapport aux indices, le faire tous les ans pendant 40, 50 ou 60 ans est totalement impossible.

Remarque d’ordre général sur la vidéo, ça me fait toujours sourire ces vidéos ou blogs francophones où certains semblent avoir découvert le graal et passent pour des experts très compétents alors qu’ils ne font que dire en français ce qui est du domaine public et très connu de l’autre côté de l’Atlantique depuis pratiquement 50 ans. Quand internet n’existait pas, un jeune de 20 ans (moi par exemple) ne pouvait pas être exposé à ces notions sur l’investissement indiciel, mais aujourd’hui, avec un minimum de curiosité, ça prend au maximum 3 heures pour découvrir et apprendre ce qui va devenir votre façon d’investir basé sur l’évidence, les maths et les faits. Et pas besoin d’avoir été un ancien trader de salle de marché repenti …